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07/01/2013

Noël et les lumières de la ville

« Les lumières de la ville » (City Lights) est le titre d’un film signé et joué par le génial Charlie Chaplin dans les années 30. Ce titre convient aussi parfaitement pour qualifier la période de Noël, et l’émerveillement de millions de citadins de par le monde qui redécouvrent leur cadre de vie paré de ses habits de lumière.

 

Pour la deuxième année consécutive, c’est désormais aussi le sort envié des Abidjanais, qui ne boudent par leur plaisir. L’année dernière, ils furent des milliers à converger vers le Plateau, pour admirer ces magnifiques sculptures de lumières, qui mirent du baume au cœur et à l’âme des gens, après tant de souffrances.

 

Cette année, l’engouement est à nouveau au rendez-vous, et la magie opère, y compris dans les communes d’Abobo, Yopougon, Treichville et Cocody où l’opération « Abidjan, ville lumière » a été étendue. Et les témoignages enchantés, émerveillés, de la population se multiplient. Dans le quartier d’Abobo, au rond-point Anador, une colombe de la paix stylisée, face à la représentation des sept femmes tuées pendant la crise, invite au recueillement, au pardon, et illustre le thème des illuminations de cette année : réconciliation, reconstruction et paix.

 

Abidjan vit cette période de fêtes à l’unisson des grandes capitales, qui rivalisent chaque année en imagination, en couleurs et en formes scintillantes, pour plonger les habitants dans une atmosphère féérique. C’est également le cas des Champs-Elysées, l’une des avenues les plus célèbres du monde, qui n’a pas lésiné sur les illuminations : entre la Place de la Concorde et celle de l’Etoile, 1,5 million de lumières ont été installées, ainsi que 200 anneaux lumineux au-dessus des arbres de l’avenue.

 

Mais cela n’empêche pas les critiques de fuser, dans les journaux comme sur les réseaux sociaux. « Ces illuminations qui narguent les pauvres… » titre ainsi Agora Vox, qui rappelle les 3 millions de chômeurs et plus de 8 millions de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté en France, ce qui n’empêche en rien Paris, mais aussi Lyon, Marseille, Toulouse, de s’illuminer. « Cette débauche de lumières et de décorations et de strass devient indécente face à la crise que nous subissons de plein fouet », s’indigne celui qui se qualifie de « média citoyen », qui liste au centime d’euro près « les dépenses somptueuses » consenties par les villes françaises, malgré la précarité dans laquelle vivent un grand nombre de leurs concitoyens.

 

Le débat est lancé. Et chacun y va de son analyse. « C’est la crise, d’accord, mais on ne va pas non plus vivre à la lueur des bougies », clame cet internaute. « Laissez nous rêver un peu, la réalité nous rattrapera bien assez vite », plaide encore cette mère de famille de Lyon, qui raconte l’émerveillement de ses enfants pendant la « Fête des lumières » qui s’y déroule chaque année au mois de décembre. « Les illuminations de Noël doivent-elles être maintenues en temps de crise ? » demandait ainsi dernièrement le Figaro sur son site internet. Ce à quoi un lecteur répondait, ironique : « Non, j’ai d’ailleurs enlevé toutes les ampoules électriques chez moi, coupé le gaz, supprimé le chauffage, et je ne n’utilise plus ma voiture. »

 

Partout, le débat est le même, y compris à Abidjan. « On va manger lumière » titrait cette semaine le journal satirique Bol’Kotch, faisant ainsi allusion à toutes les familles qui n’arriveraient pas à s’offrir un poulet à Noël ou à Nouvel An. Parmi les avis recueillis, à Abidjan comme à Paris, Lyon ou Marseille, ceux des personnes estimant que la ville aurait dû penser à soulager les misères de la population jouxtent ceux qui pensent que les beautés d’une ville illuminée font du bien à l’âme de ses habitants. Et en France comme en Côte d’Ivoire, les préoccupations se rejoignent pour économiser le plus possible, en recourant par exemple à l’énergie solaire ou à des ampoules LED, qui permettent de diviser par dix la consommation d’électricité. (paru dans le quotidien Fraternité Matin, Abidjan, le 29 décembre 2012)